Conférence internationale sur le sida 2018 à Amsterdam

Nathan Schocher, Andreas Lehner et Caroline Suter à la conférence d'Amsterdam.

Lundi 23 juillet 2018 a marqué le début de la 22e Conférence internationale sur le sida à Amsterdam.Une délégation de l’Aide Suisse contre le Sida est sur place et livre chaque jour un compte rendu de la Conférence.

Vendredi 27 juillet

Aids2018 Amsterdam, Aids2020 ???

La 22 e  Conférence internationale sur le sida se termine aujourd’hui vendredi. Ce fut une conférence passionnante aux multiples facettes et Amsterdam s’est révélé un lieu d’accueil idéal et tolérant pour la manifestation. La prochaine Conférence 2020 doit avoir lieu à San Francisco. Un très grand nombre de personnes et d’organisations, y compris aux Etats-Unis, s’y opposent étant donné que les Etats-Unis, sous le gouvernement actuel, violent les droits de nombreux individus, dont des immigrants, des représentants d’autres ethnies, des LGBTI* et des travailleurs et travailleuses du sexe (#AIDS2020ForAll   www.HIVPowerShift.com ).

Comorbidités problématiques

Les personnes séropositives sont nombreuses à souffrir de comorbidités telles que tuberculose, hépatite, cancer, hypertension ou maladies psychiques. Si 30% des personnes séropositives aux Etats-Unis étaient atteintes d’une ou plusieurs autres maladies en 2000, ce nombre a passé à 50% en 2009 et l’on estime qu’il va augmenter encore. Les comorbidités s’accompagnent d’une espérance de vie nettement réduite. Bon nombre d’entre elles ne sont ni diagnostiquées ni traitées, ou elles le sont seulement trop tard. Il convient par conséquent d’améliorer le diagnostic et le traitement de ces maladies concomitantes – un réel défi pour les années à venir.

Des coupes budgétaires qui menacent la lutte mondiale contre le VIH/sida

Des chercheurs de différents horizons ont exprimé leurs craintes de voir les progrès dans la lutte contre le VIH/sida anéantis par les réductions des dépenses des gouvernements. Un rapport de la Kaiser Family Foundation et de l’ONUSIDA signale que sur quatorze gouvernements bailleurs de fonds, huit ont réduit leurs dépenses en faveur de la lutte mondiale contre le VIH/sida. L’étude souligne qu’une grande partie des programmes de prévention et de traitement du VIH ne peuvent être financés sans l’aide au développement, surtout dans les pays les plus durement touchés.

Jeudi 26 juillet

Appel lancé contre la criminalisation des personnes séropositives

La criminalisation des personnes séropositives est un sujet récurrent dans le cadre de la Conférence. Au moins 68 pays ont des lois spécifiques contre la non-divulgation de la séropositivité, l’exposition au VIH ou la transmission du virus. Trente-trois pays appliquent d’autres dispositions de droit pénal aux personnes séropositives. Même si certains pays ont fait des progrès – et, parmi eux, la Suisse où l’article 231 CP n’est plus applicable aux cas de VIH et où les autorités de poursuite pénale reconnaissent l’absence d’infectiosité des personnes séropositives dont la charge virale est indétectable –, il convient d’abolir les lois existantes contre le VIH à l’échelle mondiale parce qu’elles sont inefficaces, injustifiées et discriminatoires. Lors de la Conférence, vingt des plus grands experts mondiaux en matière de VIH ont publié une déclaration appelant les médecins, les gouvernements et les acteurs de la justice à décider toujours sur la base de données scientifiques probantes et à éviter la stigmatisation et la peur («Déclaration de consensus d’experts sur la connaissance scientifique relative au VIH dans le contexte du droit pénal»).

Exemple États-Unis d'Amérique

Un séropositif états-unien a relaté sa propre expérience à cet égard. Alors qu’il s’était séparé de son ami, ce dernier a porté plainte contre lui pour ne pas lui avoir révélé son statut VIH. Il n’y a pas eu de transmission du virus. L’homme séropositif a passé six mois en prison et il est inscrit au registre des délinquants sexuels pour quinze ans. Cette inscription est publiée dans les journaux et sur Internet et elle apparaît sur son permis de conduire, qui sert pour ainsi dire de carte d’identité aux Etats-Unis. Sa liberté de mouvement est limitée puisqu’il n’est pas autorisé à se rendre à proximité des écoles et des parcs. De nombreux employeurs n’engagent pas de personnes inscrites au registre des délinquants sexuels, les propriétaires ne leur louent pas d’appartement et toute personne figurant sur ce registre perd son droit de vote.

Des études portant sur le modèle suédois révèlent une dégradation de la situation des travailleurs et travailleuses du sexe

Des études consacrées au modèle suédois de régulation du travail du sexe ont été présentées dans le cadre de la Conférence. Il s’agit là d’un modèle qui pénalise les clients. Le Canada l’a introduit en 2014 et une étude portant sur 900 travailleuses du sexe y a été réalisée. Suite à l’introduction de la nouvelle législation, celle-ci a révélé un accès aux services de santé réduit de manière significative parmi les personnes concernées. Une deuxième étude a été menée en France où le modèle suédois a été introduit en 2016. L’étude qualitative de Médecins du Monde a observé une hausse de la vulnérabilité socio-économique : la violence envers les travailleurs et travailleuses du sexe a augmenté, leurs conditions de travail se sont dégradées et les travailleurs et travailleuses du sexe évoquent les difficultés accrues pour imposer l’utilisation du préservatif. Linda-Gail Bekker, présidente de la Société internationale de lutte contre le sida, a donc demandé qu’il soit mis un terme à ces formes de criminalisation et a appelé à la mobilisation afin de décriminaliser le travail du sexe dans un but de santé publique.

Sex Worker's Opera (Global Village) © International AIDS Society/Marten van Dijl © International AIDS Society/Marten van Dijl
Sex Worker's Opera (Global Village)

Mercredi 25 juillet

Guérison et vaccin toujours en ligne de mire

Bien que les traitements visant à réduire les réservoirs du virus ou à induire une rémission soient très prometteurs, la guérison du VIH reste un objectif à long terme. Les réservoirs du VIH sont en corrélation directe avec la mort des cellules infectées dans le sang. En d’autres termes, plus les cellules sont nombreuses à mourir, plus le réservoir en produit de nouvelles. La recherche fondamentale scientifique est nécessaire pour améliorer les méthodes de reconnaissance et de mesure des sources de virus tenaces.

Grâce aux modèles mathématiques, on sait quel pourrait être l’effet d’un vaccin contre le VIH. Mais dans la pratique, on se demande si cela s’applique aussi à l’être humain.

Traitement antirétroviral 2018

Les traitements antirétroviraux se composent pour l’heure de trois principes actifs. De nouvelles études montrent qu’un comprimé à base de deux principes actifs, le dolutégravir et la lamivudine, est tout aussi efficace. L’avantage d’un tel traitement réside dans une toxicité et des frais réduits.

Toutefois, la substance dolutégravir est actuellement sous le feu de la critique suite à l’apparition de quelques cas d’anomalie du tube neural chez des nouveau-nés. Les études n’apportent aucune réponse claire jusqu’à présent. Par conséquent, l’OMS recommande pour le moment de ne pas prescrire le dolutégravir aux femmes désireuses d’avoir un enfant.

Engagement de Sir Elton John

A l’occasion d’une conférence de presse, Sir Elton John a évoqué l’engagement accru de la fondation Elton John AIDS Foundation, qui vise principalement les LGBT et les consommateurs de drogues, en Europe orientale et dans des pays d’Afrique subsaharienne. « S’il n’y avait pas cette étroitesse d’esprit et cette haine, la maladie pourrait être éradiquée bien plus rapidement », a déclaré Elton John.

Pressconference Eastern Europe and Central Asia with Elton John Aids Foundation receiving a 1 million euro donation of The Netherlands. ©Rob Huibers/AIS ©Rob Huibers/AIS
Pressconference Eastern Europe and Central Asia with Elton John Aids Foundation receiving a 1 million euro donation of The Netherlands.

Mardi 24 juillet 

Les autotests ont le vent en poupe

La matinée du mardi a commencé par une manifestation convoquée par Biosynex (fabricant d’un autotest) sur le thème de l’autodépistage. Michel Sidibé, directeur de l’ONUSIDA, a souligné le rôle majeur de l’autotest pour pouvoir atteindre les objectifs 90-90-90. Silke Klumb, directrice de l’organisation allemande de lutte contre le sida, a également salué l’introduction des autotests en tant que nouvel instrument permettant d’atteindre ces objectifs. On a relevé par ailleurs l’importance du «Linkage to care», autrement dit celle d’établir des liens avec le système de soins : les personnes dépistées séropositives doivent ensuite être prises en charge médicalement comme il se doit. François-Xavier Mbopi-Kéou, professeur à la faculté de médecine de l’Université de Yaoundé, a expliqué que l’autotest est utilisé au Cameroun pour pouvoir atteindre également les régions rurales. En effet, ce type de test peut aussi être utilisé par des personnes qui ne sont pas médecins et qui sont formées à cet effet.

Des célébrités à Amsterdam

La réunion plénière du mardi matin a été ouverte par l’actrice sud-africaine Charlize Theron, qui s’investit dans le domaine du VIH depuis de nombreuses années. Elle a souligné qu’Amsterdam est le lieu idéal pour tenir une conférence internationale sur le sida étant donné que c’est une ville d’inclusion, de liberté d’expression et de tolérance. Le prince Harry, duc de Sussex, et Elton John ont aussi pris part à la manifestation.

Prince Harry, duc de Sussex

Le VIH en Europe orientale : il faut agir

Pour commencer, les derniers chiffres ont été communiqués : quelque 36,9 millions de personnes vivaient avec le VIH en 2017, dont 17,5 millions avaient une charge virale supprimée, et il y a eu 1,8 million de nouvelles infections. Par la suite, divers orateurs ont évoqué la problématique de surmonter les barrières de l’inégalité dans la lutte contre le VIH. L’accent a été mis sur les groupes particulièrement vulnérables : les jeunes filles et les jeunes femmes en Tanzanie, les consommateurs de drogue par injection en Europe orientale, les HSH en Afrique subsaharienne, les peuples indigènes en Amérique du Sud et les travailleurs et travailleuses du sexe en Afrique. Ce sont environ 1,7 million de consommateurs de drogue par injection qui vivent avec le VIH. Pour ce groupe aussi, l’autotest est un outil important, mais il faut impérativement améliorer l’accès au traitement médical. L’Europe orientale en particulier a un gros retard à rattraper à cet égard. En Russie, où il n’y a pas de programmes de substitution, la situation est particulièrement grave. Le nombre de consommateurs de drogue par injection est extrêmement élevé et plus de 30% d’entre eux vivent avec le VIH. La discrimination frappe tout spécialement les femmes qui s’injectent des drogues. Une oratrice venue d’Ukraine a fini son discours en ces termes : « Chase the virus, not the people. »

Le traitement anti-VIH est efficace, la PrEP aussi

Les résultats de l’étude Partner2 ont été présentés à l’occasion de la conférence de presse officielle : des couples homosexuels sérodiscordants dont le partenaire séropositif est sous traitement ont fait l’objet d’une enquête concernant le risque d’infection (972 couples). Quinze hommes ont contracté le VIH au cours de la période d’enquête, mais il a pu être prouvé dans tous les cas qu’ils n’avaient pas été infectés au sein du couple. Cela signifie donc toujours zéro contamination lorsque le partenaire est « indétectable ». L’étude a été présentée par Alison Rodger, Clinical Director of Public Health au University College London.

Les résultats d’une autre étude ont également été livrés. Il s’agit de l’étude ANRS Prévenir, qui se situe dans le prolongement de l’étude française Ipergay sur la PrEP chez les gays. 1435 utilisateurs de la PrEP ont pu choisir s’ils voulaient prendre la PrEP à la demande ou chaque jour. Il y a eu zéro nouvelle infection durant la période d’enquête pour les deux modes de prise. Aucun effet indésirable n’a été observé. On part du principe que la prise de la PrEP a permis d’éviter 85 infections chez les participants à l’étude. Cette étude a été présentée par Jean-Michel Molina de l’Université Paris Diderot.

« Combien de temps faudra-t-il encore jusqu’à ce que toutes les personnes aient accès aux traitements dont elles ont besoin, à un prix abordable ? » Conchita Wurst, gagnante de l’Eurovision

Conchita, Austria speaking at The Opening Plenary Session ©International AIDS Society/Steve Forrest ©International AIDS Society/Steve Forrest
Conchita, Austria speaking at The Opening Plenary Session

Lundi 23 juillet 

Cérémonie d’ouverture

La 22e Conférence internationale sur le sida a été ouverte officiellement lundi soir 23 juillet 2018 par une cérémonie à laquelle a participé notamment Conchita Wurst.

AIDS Action Europe

Une rencontre organisée par AIDS Action Europe, réseau européen d’organisations de lutte contre le VIH dont l’Aide Suisse contre le Sida fait partie, a été l’occasion d’évoquer les défis actuels tels que criminalisation, financement et collaboration en Europe.

Andreas Lehner, Vice-directeur et Chef Programme HSH

Accès à la PrEP en Europe :

La Suisse, la France et le Portugal ont évoqué leurs expériences en rapport avec l’accès à la  PrEP dans le cadre d’un événement communautaire qui s’est déroulé au Global Village. Andreas Lehner a fait le compte rendu de la situation en Suisse en matière d’information et de possibilités d’accès. 

«Breaking Barriers, Building Bridges» 

Loga AIDS 2018

Placée cette année sous le thème «Breaking Barriers, Building Bridges» (briser les barrières, construire des ponts), la Conférence entend souligner la nécessité d’adopter des approches fondées sur les droits pour mieux atteindre les différents groupes cibles, en particulier en Europe orientale et en Asie centrale ainsi que dans les régions Afrique du Nord et Moyen-Orient. Une collaboration par-delà les frontières nationales doit permettre à chacun d’avoir accès au dépistage du VIH, à la prévention et au traitement médical partout dans le monde et de combattre plus efficacement les discriminations des personnes séropositives.

Galerie photo: Conférence internationale sur le sida 2018 à Amsterdam